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Prédication du dimanche 12 septembre 2020

Luc 19, 1 à 10

1Entré dans Jéricho, Jésus traversait la ville. 2Survint un homme appelé Zachée ; c’était un chef des collecteurs d’impôts et il était riche. 3Il cherchait à voir qui était Jésus, et il ne pouvait y parvenir à cause de la foule, parce qu’il était de petite taille. 4Il courut en avant et monta sur un sycomore afin de voir Jésus qui allait passer par là. 5Quand Jésus arriva à cet endroit, levant les yeux, il lui dit : « Zachée, descends vite : il me faut aujourd’hui demeurer dans ta maison. » 6Vite Zachée descendit et l’accueillit tout joyeux. 7Voyant cela, tous murmuraient ; ils disaient : « C’est chez un pécheur qu’il est allé loger. » 8Mais Zachée, s’avançant, dit au Seigneur : « Eh bien ! Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et, si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » 9Alors Jésus dit à son propos : « Aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. 10En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Traduction Œcuménique de la Bible (TOB)

Chers frères et sœurs,

Lorsque j’ai relu cette histoire bien connue de Zachée, le collecteur d’impôts et de sa conversion, un slogan publicitaire m’est revenu à l’esprit : « Si vous trouvez moins cher ailleurs, nous vous remboursons deux fois la différence ! ».

Je pense que vous avez déjà entendu ou vu ce genre de publicité. Et quand j’entends quelque chose dans le genre, je me demande toujours où est l’arnaque ? Où se cache le lièvre ? Oui il est impossible pour moi de ne pas me dire que c’est une manipulation pour endormir la méfiance et nous faire acheter le produit coûte que coûte. Et je pense que ça marche, car si vous achetez le produit, est-ce que vous allez véritablement essayer de le trouver moins cher ailleurs ? Autant acheter le produit moins cher ailleurs tout de suite.

Dans l’histoire de Zachée, il y a quelque chose qui y ressemble. Voilà un homme, un collecteur d’impôts qui affirme être honnête ! Qui selon ses dires, rembourse 4 fois la somme qu’il aurait perçue injustement et qui donne la moitié de ses biens aux pauvres. Et le texte en langue original, en grec, ne dit pas que Zachée fera cela à la suite de sa rencontre avec Jésus, mais qu’il le fait déjà volontairement et naturellement. Oui, les temps employés pour la conjugaison des verbes laissent entendre que c’est quelque chose qu’il faisait déjà avant sa rencontre avec le Christ. Voilà une très grande générosité pour un collecteur d’impôts.

N’y a-t-il pas quelque chose de louche dans ces propos ? Ne sommes-nous pas un peu dans le même cas de figure que ces fameux slogans publicitaires ? N’est-ce pas trop beau pour être vrai ?

Rien n’a changé en 2000 ans. Quand on parle d’impôts, cela soulève toujours le débat et la méfiance. Il y a toujours quelque chose qui coince. Et c’était déjà le cas à l’époque de Jésus comme en témoigne l’hostilité de la foule à l’égard de Zachée. Était-il véritablement un collecteur d’impôts honnête ? Ou bien était-il comme tous les autres qui n’avaient aucun scrupule à s’enrichir sur le dos des pauvres ? Est-ce que cette publicité qui dit que le vendeur remboursera 2 fois la différence de prix est la preuve de son honnêteté ou une énième manipulation publicitaire ?

Dans les deux cas, la question reste en suspens. Nous n’avons aucun moyen de le vérifier. Que ce soit pour Zachée comme pour la publicité. Mais peut-être bien que la question n’est pas là. Que la conversion de Zachée n’est pas seulement dans le fait qu’il est ou sera reconnu comme honnête. Qu’il veillera à encore plus de justice dans l’exécution de ses fonctions ou de donner encore davantage aux plus pauvres.

La problématique est tout à fait ailleurs et nous concerne tous ! Zachée est un pécheur ! Pas qu’aux yeux de Dieu, mais surtout aux yeux de la foule ! Oui, pour tous ce n’est qu’un moins que rien ! Une crapule de la pire espèce. Un voleur, un créancier et j’en passe ! Zachée est l’exemple même de la personne qu’on pourrait détester !

Et il a beau vouloir faire son travail honnêtement, rien n’y fait. Il est et restera dans les yeux de la foule un pécheur qui ne mérite même pas qu’on lui laisse la possibilité de voir le Christ. Il est le plus impur des impurs et ne mérite aucun égard. En somme, pour la foule c’est un être condamnable de par sa seule fonction. Oui, dans le regard des autres, il est petit et pas que physiquement. Et on le sait, une fois qu’une étiquette vous est donnée, il est bien difficile, voire impossible de s’en séparer. La condamnation populaire est une peine bien lourde. S’il est honnête, la foule lui a-t-elle seulement donné l’opportunité de le prouver ? De reconnaître qu’il fait son travail le plus justement possible ?

Cette histoire pose véritablement la question du regard que l’on peut avoir sur le prochain. Est-ce que j’arrive à voir au-delà des apparences ? De mes préjugés ou de mes peurs. Est-ce que je peux voir l’être humain ou non derrière une fonction qui m’est problématique. Est-ce que j’arrive à voir l’humain en face de moi et le reconnaître comme tel ?

Cette question se pose à tous les étages ! Comment je vois l’étranger, le pauvre, les jeunes, les chômeurs, les handicapés ou même encore la femme ? Quel est mon regard ? Est-ce un regard d’ouverture ou de jugement comme la foule qui regarde Zachée ?

Et c’est là toute la beauté et la puissance du Christ et de son message. Parmi la foule, Jésus va voir ce petit homme qui se ridiculise encore davantage à grimper dans un arbre. Lui, il va le remarquer et le regarder autrement. Tout comme il a remarqué nombre de pécheurs sur sa route. Il va aller à sa rencontre et même demander à demeurer chez lui ! Ce n’est pas Zachée qui demande, il aurait encore plus été condamné par la population, mais c’est le Christ qui l’exige. Et par cette manière de faire, Jésus va le réhabiliter et lui redonner son humanité volée, car lui aussi est un fils d’Abraham au même titre que vous est moi !

C’est le sens même du sacrifice de Jésus sur la croix. Par son sacrifice, c’est l’humanité à la fois pécheresse et justifiée qui est réhabilitée ! En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Dès lors, c’est bien là que se situe la conversion de Zachée. Une place lui est redonnée et c’est cette prise de conscience qui lui rappelle de faire ce qui est bon. Il n’est pas sauvé par ses actions, mais c’est parce qu’il se sait reconnu dans le regard du Christ qu’il peut avancer autrement.

Et ce regard qu’a le Christ sur Zachée, il porte le même pour chacune et chacun de nous. Il ne nous appartient pas d’en disposer comme la foule aimait à le faire. Mais l’Évangile nous appelle à poser du mieux qu’on peut ce même regard à notre mesure. De notre manque d’amour, Jésus a largement remboursé deux fois la différence.

Amen.

Image : Jean-Pol GRANDMONT / CC BY