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Prédication du dimanche 14 juin 2020

Actes 4, 32 à 37

Église sous chloroquine !

Chers frères et sœurs,

Depuis le début du confinement, je me pose une réelle question. Elle me taraude depuis des semaines et j’attendais de vous retrouver pour vous la poser. Rassurez-vous, c’est une question simple. Qui n’est même pas d’ordre théologique, mais qui anime actuellement beaucoup de personnes. Certains se reconnaîtront.

Donc, comme je vous ai en face de moi maintenant, j’en profite.

Dites-moi… Vous êtes pour ou contre la chloroquine ?

Je vois les moues sous les masques !

Personnellement, je suis un peu embêté avec cette question.

D’un côté, nous entendons certains dire que le professeur Raoult ressemble à un faux prophète, un peu comme dans le passage du livre de Jérémie. Mais il n’en reste pas moins un professeur reconnu par l’ordre des médecins. Et pouvons-nous commencer à juger les gens sur leurs coupes de cheveux ?

Et de l’autre, certains soupçonnent que ce serait aussi une question d’argent, comme dans le passage de l’Évangile de Luc.

Ils relèvent aussi qu’un certain président américain est particulièrement pour et qu’il a des actions dans la vente de ce médicament, cela pose question. Bon… Il a apparemment aussi des actions dans l’eau de javel, mais passons…

Alors… et vous ? Pour ou contre ?

La question n’est finalement pas si simple que ça. Parce qu’en fait, c’est une question qui divise. Qui pousse à s’affronter et parce que cela ne relève en partie que de la conviction ! À moins d’être un médecin ou un spécialiste, il est très clairement difficile de se positionner à notre échelle ! Et même pour avoir des médecins dans la famille, cette simple question revient à parler de politique lors d’un repas arrosé !

Je ne sais pas si cela guérit de quoi que ce soit, mais dans tous les cas, ça met de l’ambiance dans les débats et les repas.

Mais si je vous parle de cette question, qui prend tant de place dans les cœurs actuellement, ce n’est pas que pour avoir votre avis. C’est surtout que le texte qui nous est proposé de méditer ce matin, provoque la même réaction. Oui, nous sommes gâtés avec les textes de ce jour !

Ainsi il est dit, dans le livre des Actes au chapitre 4, versets 32 à 37 :

32La multitude des croyants était parfaitement unie, de cœur et d’âme. Aucun d’eux ne disait que ses biens étaient à lui seul, mais ils mettaient en commun tout ce qu’ils avaient. 33C’est avec une grande puissance que les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus et Dieu leur accordait à tous d’abondantes bénédictions. 34Personne parmi eux ne manquait du nécessaire. En effet, tous ceux qui possédaient des terrains ou des maisons les vendaient, apportaient la somme produite par cette vente 35et la remettaient aux apôtres ; on distribuait ensuite l’argent à chacun selon ses besoins. 36Joseph, un lévite né à Chypre, que les apôtres surnommaient Barnabas, ce qui veut dire « celui qui console », 37vendit un champ qu’il possédait, apporta l’argent et le remit aux apôtres.

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Alors, pour ou contre le partage des richesses ?

Moi je suis pour, mais je ne possède pas de champ ni de maison donc c’est facile à dire ! Mais on sent bien qu’il y a quelque chose qui coince.

Et comme pour la chloroquine, je suis assez mitigé. D’un côté ça a l’air super, cela ressemble un peu à un idéal tout droit sorti d’un idéal baba cool des années 60. Et de l’autre, cela ressemble aussi à un idéal Nord-Coréen des années 60 perpétué jusqu’à nos jours ! Et nous ne sommes plus dans les années 60…

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Le piège, que ce soit dans le débat de la chloroquine ou celui de l’idéal de la première église chrétienne décrit ici, est de justement prendre le risque de se positionner dans un sens ou dans l’autre. De justement dire, je suis pour ou je suis contre, car la question n’est finalement pas là.

Et même pour la première église, on lira dans le chapitre suivant que cet idéal ne marche pas si bien que ça. Que même avec la plus grande ferveur, il y a et aura toujours des accrocs ! La question n’est pas pour ou contre, mais comment unir des pour et des contres. Oui, comment garder l’unité dans la diversité ? Et l’enjeu est de taille, surtout avec la crise que nous vivons actuellement.

Comment ne pas se replier sur soi-même ? Comment ne pas tirer la couette de son propre côté ? Et l’église n’est pas exempte d’une telle difficulté. Et peut-être bien que c’est ça qui est beau.

Car Luc qui rédige le livre des Actes, ne donne pas un programme à suivre à la lettre, mais il témoigne d’une réalité. Celle d’être aimé malgré les défauts. Ou pour le dire autrement, que l’on soit pour ou contre la chloroquine, cela ne change rien à l’amour que Dieu porte pour l’être humain.

Et je crois que cette réalité, nous sommes appelés à en témoigner. Avec de l’argent pour ceux qui en ont. Avec une parole ou une oreille attentive pour ceux qui ont ce don. Avec un geste pour ceux qui en ont la force. Avec quoi que ce soit dont nous avons les moyens et à la mesure de chacun. Mais il ne s’agit pas de moralisme, ne tombons pas dans le même piège que la première église chrétienne, mais une simple réponse à l’amour premier qui nous est donné.

Luc dans le passage que nous venons de lire dit cette réponse en parlant d’unité. Mais il ne s’agit pas que d’unité entre chrétiens ou bons amis, mais d’unité avec l’autre et avec Dieu. Ou pour le dire autrement, qu’est-ce que je fais de cette foi qui m’habite ? Comment je la laisse agir en moi ? Comment je réponds à celui qui est pour la chloroquine ou celui qui est contre ? Comment est-ce que je résiste au virus de la division, d’alimenter les séparatismes, les conflits ?

Durant ces dernières semaines, chacun a été mis à l’épreuve. Chacun a dû affronter des difficultés. Que ce soit l’isolement, le deuil, l’angoisse. Qu’on le veuille ou non, tout le monde a été touché quelque part à différente échelle. Et étrangement, les premiers chrétiens ont dû faire face aux mêmes difficultés.

Ils ne craignaient pas un virus, mais ils ont dû affronter des persécutions. Ils ont dû vivre l’isolement et l’angoisse. Des deuils, ils en ont eu aussi. Mais ce qu’ils n’ont pas perdu, ce qui les a fait tenir, c’est bien ce sentiment d’unité.

     Pour ou contre l’amour de Dieu ?

Et cette unité, elle nous est offerte. Elle nous est proposée à nous humains imparfaits. Et c’est bien cette dimension qui doit être au cœur de nos pour et nos contres.

Le débat sur la chloroquine, comme le débat sur l’argent dans le passage des actes, a quelque chose d’indécent si nous en oublions l’humain qui est derrière. S’il ne s’agit que d’une guerre de clocher.

Mais ce que nous dit Luc, ce que dit le Christ, c’est qu’il n’y a qu’un seul clocher. Celui de Dieu. Et c’est un beau clocher, car il accueille tout type de cloches ! Et nous sommes appelés à retentir chacun avec sa sonorité.

Le pari de Dieu, c’est que le monde peut faire résonner un concert harmonieux à partir de nos tonalités très différentes. Ce pari a pour nom : Église.

Dans le passage des Actes, un personnage est mis en avant : Joseph, surnommé Barnabas, qui veut dire celui qui console. Et je trouve cela tout à fait intéressant. Consoler, c’est une mesure qui nous est atteignable.

Il ne le fait pas parce qu’il est riche. Parce qu’il a des biens qu’il peut mettre à disposition, mais parce qu’il a reçu et reconnu l’amour de Dieu.

À nous, chrétiens, il nous est posé une simple question : pour ou contre l’amour de Dieu dans nos vies ? Je crois que notre réponse fera les choses d’elle-même.

Amen.

Benjamin Buchholz

Pasteur à Ittenheim

Le 14 juin 2020